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 Convergence des luttes et perspective politique par Charles Hoareau

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arnoldrothstein



Nombre de messages : 58
Date d'inscription : 08/02/2016

MessageSujet: Convergence des luttes et perspective politique par Charles Hoareau   Ven 6 Mai - 18:52




Il y a deux définitions de la convergence. La première ne fait référence qu’au but commun, la seconde au moyen d’y arriver ensemble et donc l’intérêt commun à unir les efforts dans l’objectif d’atteindre ce but.

Quand on parle de convergence des luttes c’est bien en référence à ces deux définitions et plus particulièrement la deuxième que l’on emploie ce terme. Faire appel à la convergence des luttes est donc une stratégie, celle de faire converger les luttes vers un même point ou plus exactement faire mesurer (et l’ordre a une importance, il est même incontournable) d’abord aux militant–e–s puis aux adhérent–e–s, puis aux salarié–e–s et enfin à la population toute entière que toutes les luttes, quand elles sont sur des positions de classes, c’est–à–dire qu’elles prennent en compte les intérêts du monde du travail, se rejoignent.

Mais non seulement elles se rejoignent mais en plus la stratégie de convergence des luttes est une stratégie centrale lorsqu’on veut combattre les injustices que chacun ressent chez soi et qui ont toutes unes cause commune : le capitalisme.

La solidarité

La solidarité, elle n’est pas d’abord un acte réfléchi, elle est un sentiment collectif, l’homme évoluant dans une tension entre le groupe et son individualité. Elle est naturellement consécutive (et ne le précède donc pas) à l’environnement sociétal.

On entend souvent que la solidarité est en recul, voire qu’il n’y en a plus, mais justement. La solidarité n’est pas un champignon qui pousse en une nuit au lendemain d’une journée pluvieuse. La solidarité est un sentiment qui s’expérimente, se construit, s’argumente. La solidarité est un processus qui se renforce (ou pas !) en fonction de la stratégie syndicale que nous mettons en œuvre et cette stratégie est donc de notre responsabilité.

Si on espère que le sentiment de solidarité s’exprimera de lui–même chaque fois qu’on conflit démarre quelque part ce n’est pas prendre en compte les conditions historiques qui entamé ce sentiment chez les individus de notre pays, ce qui n’est pas le cas forcément dans d’autres pays et en tous cas pas de façon uniforme.

Les attaques du capital contre le sentiment de solidarité

Ici il nous faut prendre en compte les dégâts qu’ont produit tout à la fois des décennies de guerre idéologique menée par le capital, les conditions matérielles du développement du capitalisme, des politiques quasi identiques sur le fond économique et social depuis 30 ans malgré la succession d’alternance (ce qui est particulièrement mortifère pour le sentiment de solidarité quand c’est la gauche, historiquement porteuse de ce sentiment qui le bafoue par ses choix de gestion), la montée du chômage et de la précarité et le sentiment d’isolement qu’ils produisent, la fragilisation et l’éclatement du salariat. Les attaques contre le sentiment de solidarité ont été et sont d’autant plus fortes que ce sentiment est en soi « anti–système » pour reprendre un terme fortement galvaudé ces derniers temps.

Dans une société où à la notion de droits collectifs on substitue celle d’égalité des chances, la solidarité devient un anachronisme, une valeur dépassée. Ce sentiment d’individualisme grandissant dans notre société n’épargne ni la classe ouvrière, ni les syndiqué–e–s, fussent–ils CGT, ni même nos militant–e–s même si évidemment cette plongée dans le repli sur soi est inversement proportionnelle à l’engagement militant.

Faire grandir la solidarité ce n’est pas une question de morale, ni d’humanisme (en tous cas en l’espèce il n’est guère suffisant) c’est une construction qui s’appuie sur un constat : le capitalisme a un projet cohérent de développement. Face à ce projet il faut qu’on s’unisse en cohérence pour faire avancer le nôtre en commençant par lutter là où l’on est, pour ce qui nous touche de près et en analysant l’ensemble des causes de notre situation, c’est ce que nous entendons par convergence des luttes..

La convergence des luttes élément essentiel pour combattre le capital

Le capital a bien compris que pour avancer sur son projet il ne pouvait y aller de front, il emploie la stratégie de l’artichaut

En fait on peut le comparer à un affamé qui a devant lui un artichaut. S’il veut mordre dedans il n’arrivera pas à le manger même s’il ouvre la bouche en grand. La solution sera pour lui de manger feuille par feuille et c’est ce que le capital fait concernant nos entreprises. Si nous réagissons en nous disant à chaque fois ce n’est pas ma feuille qui est attaquée alors je ne bouge pas….nous allons tous nous faire bouffer. Seule, une feuille ne peut guère résister (ou du moins très difficilement) mais si les feuilles se rassemblent cela pose problème non seulement parce ce que la bouchée à avaler est plus grosse, mais aussi les luttes par leur durée vont rentrer en convergence temporelle avec les boites attaquées plus tard et la stratégie de convergence des luttes va mettre en évidence pour l’opinion la cohérence des attaques.

A priori le lien entre toutes ces luttes n’est pas évident et pourtant il existe. Le lien c’est le projet vers lequel avance le capitalisme sans. Il est même si fort qu’il ne peut y avoir de gain durable pour personne sans mener de façon convergente les luttes dans leur diversité. Aux yeux de celles et ceux qui les mènent ces luttes paraissent souvent au premier abord, sans rapport et même leur profusion, quand elle existe, peut paraître un frein à la visibilité de chacune d’entre elles et donc concourir à son affaiblissement.

Pourtant, si on y réfléchit, il est clair que les luttes, si diverses soient elles, combattent des attaques similaires et cohérentes entre elles. Pour s’en tenir à deux exemples :

• Gagner à Fralib cela n’est–il pas un point d’appui pour exiger que le thé d’Asie ou d’Afrique arrive au port de Marseille–Fos ?

• Si les fonctionnaires mettent en échec les plans de dépeçages de la fonction publique, outre le fait que cela permettra aux salariés concernés de ne pas voir se dégrader leur statut cela n’affaiblira–t–il pas la position des employeurs, publics ou privés qui ont fait ou font la même chose partout ?

Le fameux tous ensemble crié dans les manifs ne peut pas être qu’une incantation. Il doit être l’expression que c’est tous ensemble que l’on va gagner, que chacun va gagner.

À partir de là où l’on est en lutte, il appartient aux militants de faire émerger les liens qui existent entre elles, pour non seulement riposter aux attaques immédiates que chacun subit en fonction de sa situation, mais aussi construire un rapport de forces collectif contre le capitalisme. En s’organisant ensemble, celles et ceux qui luttent peuvent prendre conscience des logiques communes, patronales, étatiques, qui sous–tendent ce qu’ils combattent.

La stratégie de la convergence des luttes s’oppose au corporatisme, qui vise à défendre ses propres intérêts comme s’ils n’avaient aucun rapport avec ceux des autres exploité–e–s. Mais elle se distingue aussi d’une simple démarche de soutien, quand une poignée de militants et militantes vont prêter main forte à une grève, une occupation ou une action. Ce n’est pas quelque chose d’évident, et il ne suffit pas de décréter la nécessaire convergence des luttes pour qu’elle se produise. Chaque groupe social a ses habitudes de lutte, ses préoccupations particulières, ses revendications sectorielles, et la domination que nous subissons toutes et tous se nourrit de ces divisions. C’est pourquoi la convergence des luttes suppose un patient travail commun. Non pas pour définir le dénominateur commun à toutes les luttes mais apporter un appui décisif à chaque lutte en cours afin de la faire gagner.

La convergence des luttes est donc tout à la fois à l’opposé de l’uniformisation de quoi que ce soit : revendications, formes d’action…mais aussi à l’opposé de la propagation de l’idée selon laquelle il faudrait se sacrifier pour que d’autres gagnent.

La convergence des luttes réside dans cette dialectique, entre l’approfondissement d’un mouvement dans son lieu de travail ou d’études, dans son quartier... et le travail d’articulation avec les autres luttes.

Le rôle du politique

Comme la convergence se distingue de la solidarité, le rôle du politique ne peut se limiter au soutien nécessaire et se distingue du syndical ou de l’associatif par les propositions et perspectives qu’il apporte et qui font partie intégrante de la convergence, voire lui donnent un sens nouveau.

À Air France il ne s’agit pas simplement de démonter la question de la chemise mais analyser le poids de la privatisation sur la situation actuelle et la nécessité d’un outil public et non de revenir à un outil public tel qu’on l’a connu, à PSA le rôle du politique est de bien montrer comment les règles du capitalisme mondialisé ont logiquement abouti à la fermeture et quelles solutions à mettre en place y compris en termes de nouvelles règles de commerce international.

Dans la lutte contre le projet de loi travail, le rôle du politique n’est pas essentiellement de décortiquer la loi, le SAF ou la CGT peuvent très bien le faire, il est non seulement de souligner qu’il partage les critiques et soutient les luttes dans les formes que les organisations de masse ont décidées, mais de poser ce que doit être dans la vision de la société qu’il porte, la législation du travail.

Pour nous communistes, un code du travail qui va dans le sens du progrès doit poser en germes la fin de la monarchie patronale et la question de l’appropriation sociale. Face à une loi qui s’inscrit dans une logique de dictature de la propriété donnant à chaque possédant qu’il s’agisse du logement, de la production ou des services la possibilité de faire la loi « chez lui », il nous revient d’opposer les notions de propriété collective et de solidarité nationale. Ainsi pour ne prendre qu’un exemple, celui de l’accord récent sur le statut des intermittents du spectacle qui est sur le papier un accord positif pour la branche et ouvre la voie à des conquis réclamés de longue date par la profession, il appartient aux communistes de pointer le danger qu’il y a à ce que cet accord, qui va à l’encontre de celui plus large signé par le MEDEF et la CFDT, n’ouvre la voie à une sortie de cette branche de l’assurance chômage qui est le cadre général et le moyen de la solidarité nationale. De ce point de vue l’accord s’inscrit dans la logique de la loi El Khomri qui tend à promouvoir une loi par entreprise ou par branche.

Poser la question de l’appropriation sociale c’est définir pour les communistes, en s’appuyant sur la réflexion et l’expérience des syndicalistes, car l’un nourrit l’autre, les étapes de ce qu’il est possible d’obtenir à court, moyen et long terme. C’est le sens des 10 propositions immédiates qu’a voulu mettre en avant l’ANC et qui vont toutes dans le sens d’un renforcement concret du pouvoir des travailleurs tant au niveau des IRP qu’au niveau de la gestion sociale et économique. Les porter et en débattre c’est permettre d’ouvrir des perspectives qui vont au–delà de la résistance aux mauvais coups, c’est dynamiser les luttes et donner à réfléchir sur la société qu’on veut comme alternative au capitalisme. Je pense qu’on aurait pu les intituler : propositions communistes pour avancer dans le droit du travail.

Je précise pour finir que ces propositions s’opposent de plein fouet à la notion de sécurité sociale professionnelle qui est une proposition qui va dans le sens de l’individualisation des droits des travailleurs et bien sûr ne pose pas la question du statut de l’entreprise et pose comme inéluctable la précarité puisque les propositions faites sont un aménagement de celle–ci. Il en va autrement de la bataille syndicale par exemple sur l’annexe 7 du nettoyage qui, dans un cadre existant, a obtenu des garanties pour les travailleurs. Mais cela ne peut être le but du politique. Que la CGT se batte pour que, lors d’une reprise de marché, les salariés de l’entreprise sous–traitante de la SNCF soient tous repris est tout à fait juste et légitime, mais cela ne peut nous faire lâcher l’objectif de la réinternalisation des services. D’ailleurs la réforme du code du travail au Venezuela a eu entre autres comme but l’interdiction de la sous–traitance et de l’intérim.

En tant que communistes c’est bien le débat sur les perspectives issues des luttes et s’appuyant sur elles qui doit nous aider à argumenter sur notre projet communiste.
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